24.nov. 2006 | Source: Mutations ©
Transparence des élections
Par Alain B. Batongué
Nous nous en étions remis, il y a quelques semaines, à l’indication que constituerait la loi de Finances dont le projet a été présenté lundi dernier par le Premier ministre, Inoni Ephraim. Une lecture attentive de la partie réservée au ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation permettrait alors, en effet, de savoir s’il a été budgétisé une ligne en rapport avec l’organisation matérielle des élections en 2007 et si l’essentiel de l’enveloppe sera destiné à la gestion par un organe indépendant.
Les premiers éléments du projet de budget, plutôt global et vague, n’ayant pas permis d’en avoir assurance, nous avons relayé, cette semaine encore, les assurances du corps diplomatique accrédité à Yaoundé, qui, faisant suite aux engagements " librement pris " par le gouvernement camerounais, vis-à-vis du Commonwealth notamment, indiquait que, selon leurs informations, le gouvernement allait présenter un projet de loi dans ce sens. Sans cependant donner plus de précisions sur la nature du projet, les compétences réelles et les missions de cette nouvelle structure qui, faut-il le rappeler, viendrait remplacer l’Observatoire national des élection qui aura étalé ses limites en la matière.
Tout le problème est donc là, dans le jeu étrange auquel le gouvernement convie désormais l’opinion publique et la classe politique : celui des devinettes et des supputations. Cela fait bien plus d’une semaine qu’a été ouverte cette session de l’Assemblée dont on sait qu’elle sera essentiellement budgétaire. Mais à ce jour, la même question agite le landernau : ce projet de loi tant attendu à six mois d’échéances électorales cruciales sera-t-il déposé ? Mais cette question en appelle d’autres : pourquoi le pouvoir Rdpc se joue-t-il des nerfs des citoyens ? Pourquoi mystifie-t-il une question pourtant d’intérêt national ?
Des questions essentielles dans la mesure où, bien avant ce rendez-vous, la société civile s’était déjà emparée du dossier : la Conférence épiscopale du Cameroun avait rendu publiques des propositions d’amendement de la loi électorale et de la réforme de l’Observatoire national des élections sous la forme d’une proposition de loi, émanation d’un travail collectif ayant impliqué différentes sensibilités sociopolitiques et religieuses du Cameroun. Des propositions revêtant un caractère avant-gardiste, et prévoyant notamment la prise en main de tout le processus électoral par un seul organe, la mise à la touche de l’Administration territoriale, l’admission de candidatures indépendantes, la limitation du mandat du chef de l’Etat à cinq ans, l’élection présidentielle à deux tours…
L’Ong Nouveaux droits de l’Homme peut donc, avec raison, s’offusquer de tous les blocages organisés par le pouvoir alors que " le corpus de lois sur la réforme du système électoral constitue en cette période préparatoire à l’alternance de 2011, une question de souveraineté du peuple. Le peuple tout entier, et non quelques privilégiés ou parlementaires mal à l’aise, doit être impliqué dans le processus d’élaboration de ces lois."
Mais qu’est ce qui peut donc justifier cette approche du gouvernement ? Manifestement, le pouvoir Rdpc dégouline de peur. Une peur paradoxale dans la mesure où les dernières élections, présidentielle (2004) comme législatives ou municipales (2002) se sont traduites par une razzia du Rdpc et que, entre temps, les autres formations, déjà en net recul, sont presque toutes laminées par des conflits internes (Sdf, Upc) quand elles ne sont pas vouées à une disparition logique (Undp).
Mais le Rdpc a peur parce qu’il sait que, la seule fois où il a accepté d’organiser des élections transparentes en mars 1992, il a failli tout perdre et ne s’est rattrapé qu’avec des coalitions (certes contre nature) de dernière minute à l’Assemblée nationale.
Le Rdpc a peur parce qu’il sait qu’il ne peut pas gagner sans tricher. Au sein de l’Administration mais aussi au niveau des différentes opérations de vote. Malgré l’arrogance de ses nouveaux riches, malgré le vin, le poisson et les billets de banque distribués pendant les campagnes électorales, malgré les gros engins qu’on vient placer à l’entrée des villages pour annoncer la construction de nouvelles routes, le Rdpc sait que les populations qu’il manipulent ne votent jamais pour lui et qu’il faut toujours bourrer les urnes. Le Rdpc a donc peur de cette situation où chaque électeur, après s’être enfin enregistré sans tracasseries sur une liste électorale, décidera seul de ce qu’il fait de son bulletin et sanctionnera ceux qui lui ont toujours menti.
Une élection ne signifie pas toujours alternance. Mais elle doit donner au peuple souverain le choix de cette alternance et éviter qu’elle soit confisquée par des lois piégées. Le temps est donc venu, sous les pressions diverses d’ici et d’ailleurs, de tomber les masques et proclamer la fin des impostures. Pour préparer 2011, juin 2007 est un test qui intéresse le peuple tout entier. Pour le présent et pour le futur. Surtout pour l’Histoire.
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